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" Être ange "

« Mais que veut dire le mot “étrange” ? On comprend habituellement par ce vocable le non familier, ce qui ne nous parle pas, quelque chose qui pèse et qui inquiète. Or “étranger” signifie proprement : vers ailleurs en avant, en train de faire chemin… à l’encontre de ce qui est d’avance réservé. Mais il n’erre pas, dénué de toute destination, désemparé de par le monde. La quête de l’étranger marche à l’approche du site où il pourra trouver demeure. L’étranger a déjà donné suite à l’appel, à lui-même à peine dévoilé, qui le met en route vers sa propriété. ».

Martin Heidegger, Acheminement vers la parole

Figure de l’imaginaire qui pour certains s’immisce dans le réel, ange sans faille, trou béant où s’inscrit l’immobilité, l’absence de tout désir, ou ange blessé, incarné par cette blessure même et où s’engouffre le désir, l’ange hésite entre les possibilités d’être que l’on projette en lui, multiple et insaisissable comme le texte de Patrick Kermann, La Blessure de l’ange, texte qui se crée et s’efface, balbutie, s’effrite, s’effondre, revient à la surface pour s’abîmer encore. Est-il homme ou ange, ange en devenir, encore un peu homme, est-il encore vivant ou déjà mort ? S’agit-il de lui ou de l’être aimé ? Lui et son double, lui et son ange, l’être aimé qu’il cherche à toucher encore. Toucher le réel, les saisons, comme l’ange de Wim Wenders qui voulait savoir ce que signifie sentir.

Figure de Lumière ou des Ténèbres, ou encore ange gris (Bilal), l’Ange s’impose dans un monde qui a égaré le sens du divin et le recherche frénétiquement à travers des idoles vides. L’ange édulcoré du refoulement ambiant qui envahit le monde de la consommation s’oppose à l’Ange de la littérature, à l’Ange des créateurs, ange violent (chez Genet), blessé (Trakl, Jahnn, Kermann…), figure d’Eros ou image de la chasteté, hyper sexué ou non, juge et victime, aveugle et visionnaire, sans mémoire ou recueillant toute la mémoire du monde.

L’Ange traverse les siècles dans un entre-deux aux limites indécises. Créature incertaine, à la limite du masculin et du féminin, du divin et de l’animal, oscillant entre l’animé et l’inanimé, entre l’ineffable et la pétrification, l’Ange hésite entre l’espoir et l’impuissance, à la jonction des cultures, l’Ange ne trouve plus sa place dans un monde sans Dieu mais garde en lui une trace de sa spiritualité première, tour à tour doutant (chez Rushdie) et redonnant au sacré une force inouïe dans un monde sclérosé (chez Pasolini).

L’Ange met en péril les certitudes de par son essence même qu’est-ce qu’un ange ?
Qui saurait le dire ? Il est l’un et son contraire, figure ambivalente ou les contrastes s’affrontent, créature de toutes les métamorphoses, et pourtant on le reconnaît. Ombre de lui-même, il est encore l’ange gardien de nos illusions.

Anguéliki Garidis

visuel : Cécile Attagnant  

 

 

 
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